Yohann Abiven: En France, être traité de… Lisbonne n’est pas un compliment !

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Publié lundi 3 mars 2008 à 14h30
par yoan.abiven Devenir militant(e) du PSE dans Démocratie et diversité européenne (vu 948 fois et 4 commentaires)

Finalement, la France a rejoint la cohorte des nations raisonnables en ratifiant le traité de Lisbonne, mais sans risquer cette fois un désaveu populaire et référendaire.

Du coup, comme le Président Sarkozy l’avait d’ailleurs annoncé du haut des tribunes électorales, c’est la voie parlementaire qui a été retenue. Et, comme si rien n’avait changé depuis le refus de 2005, tous les éléments de la franchouaillardie se sont réveillés exactement ou à peu près là où on les avait laissés. La campagne présidentielle et le bipartisme obligé de ces moments-là les avaient un moment fait taire.

Le parti socialiste s’est empêtré dans ses contradictions, illustrant une fois de plus l’adage qu’il n’est point de problèmes qu’une absence de solution ne saurait résoudre. Il ne faut sans doute pas chercher plus loin l’explication de la renaissance d’un Centre en France. La gauche a au moins été unie sur une chose : réclamer un nouveau référendum, les uns pour l’émotion de redire oui, les autres pour celle de redire non, mais à part ce détail tous bons camarades.

L’embêtant dans cette histoire c’est que les partisans du référendum n’ont pas tout à fait tort dans leur leçon de bonne démocratie. Non en soutenant, au nom du parallélisme des formes, que ce que le peuple à défait seul le peuple peut le refaire, car cette conclusion étrange est justement niée par le texte même de la constitution de 1958, obtenu par référendum mais normalement révisée par le Parlement (art. 89). La République considère tout bonnement le référendum et le vote parlementaire comme des moyens égaux de faire la loi. Non ce qui devrait tous nous alerter, au-delà du pointillisme constitutionnel, c’est ce divorce des vrais gens et des vraies élites. Les moyens de confectionner la norme ont beau être égaux, il n’empêche qu’une telle différence selon que l’on retient l’une ou l’autre voie porte à s’interroger.

Pour qu’une démocratie vive, il ne doit certes pas y avoir exacte coïncidence entre les représentants et les représentés, car alors à quoi bon représenter, mais il ne doit pas y avoir non plus une trop grande différence car alors la théorie de la représentation ne veut plus rien dire, sauf confisquer l’expression légitime. Ici comme presque partout ailleurs, le un peu mais pas trop doit tenir lieu de philosophie et de bonne gouvernance.

Curieusement, les protagonistes de ce débat sans issue ont donné l’impression de découvrir qu’en France le référendum pouvait être instrumentalisé et servir les intérêts particuliers de la citadelle présidentielle. Ah la fraîcheur des ingénus en politique… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis par principe contre le référendum.

En matière européenne, tous les référendums français ont visé d’autres buts que servir le sentiment européen. Le Président Pompidou avait plus besoin de piéger une opposition requinquée en 1972 que de persuader les Français qu’un grand destin devait désormais les lier avec la Perfide Albion et quelques autres. Le Président Mitterrand fut bien en joie quelques temps après d’assister à la division de la droite : on pensait alors que le souverainisme résidait uniquement parmi ces affreux. Mitterrand faillit perdre. Chirac, lui, a perdu. Il pensait faire exploser le parti socialiste, ce qui n’a que trop bien réussi, mais il ne s’attendait à en être une des victimes collatérales. Une bavure qui signale, s’il en était besoin, que chez nous l’Europe fait au fond partie de la malle à jouets des ambitions du premier des Français.

Curieusement encore, nul n’a rétorqué aux réclameurs de référendum un argument que je trouve cependant valable. Le référendum aura lieu, il est programmé depuis longtemps, en juin 2009. Et même qu’il sera paneuropéen et qu’on l’appellera « élections au parlement européen ».

Le parlement européen ne sert plus à rien, il se renforce et se renforcera car pas mal d’élus en son sein ont cette détestable habitude de prendre leur rôle à cœur. C’est là que se fomente la démocratie européenne de demain. Cette démocratie, pour se consolider réclamera des projets politiques concurrents. L’Union a le droit à l’alternance qui est le régime routinier des démocraties modernes. Aux eurosceptiques antilibéraux français d’en présenter une et cette fois le peuple tranchera !

Yohann Abiven

Tags: blogueur de la semaine, droite, élections, Europe, France, gauche, référendum, Traité de Lisbonne


Commentaires

1. Welcome par editor le lundi 3 mars 2008 à 14h48

Hi Yohann, thanks for joining us on Yourspace! I hope you'll have a great week here.

2. En France, être traité de… Lisbonne n’est pas un compliment ! par amandinecrespy Devenir militant(e) du PSE le lundi 3 mars 2008 à 22h15

Même si le référendum sur l'Europe a été souvent instrumentalisé, il est vrai, par les dirigeants à des fins de stratégie nationale, il a quand même le mérite de susciter le débat et de faire qu'on parle d'Europe. Ce qui serait encore mieux, ce serait qu'on parle d'Europe aussi ENTRE les référendums. Je suis tout à fait d'accord avec toi: il faut que des projets concurrents puissent s'affronter dans les enceintes européennes. Pour ce faire, la gauche doit pouvoir imposer ses vues sans être obligée, souvent, de passer des compromis avec la droite au Parlement européen. Cela implique de prendre en considération les critiques de ceux qui trouvent l'europe actuelle trop libérale. Cela me semble être la voie la plus évidente pour permettre une alternance au niveau européen. 

 


3. Instrumentalisation, continuité par chourka Devenir militant(e) du PSE le mardi 4 mars 2008 à 15h18

Oui, les Français —à commencer par les dirigeants politiques de ce pays— instrumentalisent la question européenne à des fins strictement nationales. A la Mutualité, lors du Rassemblement national des secrétaires de section, l'un des principaux dirigeants du PS a même, dans un aveu indirect, appelé la population à sanctionner le gouvernement de Nicolas Sarkozy à l'occasion des municipales en lui infligeant un 'carton jaune', "puisque l'on sait maintenant [il parlait au mois de janvier] qu'on n'aura pas de référendum sur le traité de Lisbonne".

Ainsi donc, le vote négatif des Français de mai 2005 a-t-il été construit pour une grande partie sur un détournement du scrutin : -vote sanction contre Chirac et le gouvernement Raffarin (qui posaient la question)

-vote pour ou contre le libéralisme (puisque les tenants du non ont fait campagne sur la supposée nature libérale du document plutôt que sur la véritable nature sociale du traité établissant une constitution pour l'Europe en comparaison des traités antérieurs).

 

Je ne me réjouis pas ni du résultat, ni de la méthode. Les deux, selon moi, sont des échecs. S'il faut un référendum pour obtenir de nos hommes et femmes politiques qu'ils parlent de l'Union européenne, c'est une catastrophe. D'autant plus que la méconnaissance (pour ne pas dire l'incompétence) des grands médias français des mécanismes européens est quasi-totale. Le problème tient à ce que les dirigeants n'ont pas intégré que la France est en Europe et qu'elle n'est pas un pays à part ou étranger à l'Union.


4. nouvelle démonstration par yoan.abiven Devenir militant(e) du PSE le mardi 4 mars 2008 à 15h44

En France, le gouvernement actuel réussit à poser solennellement devant toute l'Europe émue la volonté d'un moratoire sur le maïs de Monsanto et ratifier quelques jours après un projet de loi autorisant les cultures transgéniques... Comment nos partenaires nous pendraient-ils au sérieux ?

Yohann Abiven


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